Mon expérience au Festival International du film de Saint-Sébastien (SSIFF) + Interview exclusive
Récemment, j’ai pu couvrir la 74e édition du Festival international du film de Saint-Sébastien en tant que presse accréditée. De la cérémonie d’ouverture aux conférences de presse, j’ai assisté à plusieurs projections en présence des équipes des films, notamment pour certains titres de la Sélection officielle comme ‘Les Misérables’ et ‘5 Minutos Más’, ainsi que pour ‘The Housewife’, projeté après la cérémonie de remise du prix Donostia à Naomi Watts. Par cette même occasion, j’ai eu l’opportunité d’interviewer les réalisateurs Juan Miguel Gelacio et Esteban Hoyos García pour le film ‘CINCO AÑOS, CUATRO MESES’ (‘FIVE YEARS, FOUR MONTHS’), dont nos échanges sont à retrouver dans un article annexe.
Dans cet article, retrouvez en détail mon retour sur cette expérience !
Quelle est la particularité de ce Festival ?
La 74e édition du Festival international du film de Saint-Sébastien s’est déroulée du 18 au 26 septembre 2026. Il s’agit d’un événement annuel organisé à Saint-Sébastien, au Pays basque espagnol, à proximité de la frontière française. Et comme son nom l’indique, ce festival est une opportunité de réunir les nombreux acteurs de l’industrie cinématographique, de projeter des films, anciens comme nouveaux, de récompenser les oeuvres en compétition officielle… En bref, de célébrer le cinéma international.
Jusqu’ici, vous pourriez vous dire: “c’est très bien, mais quel est le lien avec la ligne éditoriale habituelle de la page ?”. Il est vrai que Le QG des Supers est un média avant tout spécialisé dans les comics et les nombreux univers de super-héros. Cela fait déjà bientôt sept ans que je crée du contenu majoritairement autour des Comic-Book Movies et ça me passionne toujours autant.
Mais dans “Comic-Book Movies”, il y a “Movies”, qui est aussi un autre intérêt qui me tient vraiment à cœur. Le cinéma est un art dans lequel chacun peut trouver sa place et où la magie opère. Donc avoir cette possibilité de réunir les deux était pour moi d’abord une chance personnelle, mais également professionnelle. Par ailleurs pour ceux qui sont intéressés, il y a quelques années, j’avais proposé un article qui raconte l’évolution du cinéma au travers d’une visite au Musée National du Cinéma.
Comme précisé, l’événement a duré près d’une semaine, mais en raison d’obligations externes, j’ai seulement pu couvrir le week-end d’ouverture du festival, du vendredi 18 au dimanche 20 septembre. Cela peut sembler court pour un événement de cette ampleur, mais l’intensité de ces premiers jours m’a donné le sentiment d’avoir pleinement vécu l’expérience.
Ce qui donne du charme à la ville, et on y revient dans la troisième partie de l’article, c’est que tout Saint-Sébastien (du moins son coeur) vibre au cinéma. À ces dates, la ville et les partenaires dédient des activités, des espaces publics, des monuments pour faire la promotion du Festival. L’événement devient aussi immersif grâce à la ville qui se transforme aux couleurs et à l’ambiance du festival. Ce qui fait que le Festival ne s’arrête pas lorsque l’on quitte la place du Kursaal, mais que Saint-Sébastien elle-même en devient la continuité.
Mais donc, qu’en est-il des films…?
Les longs métrages du Festival de Saint-Sébastien
Au total, j’ai pu voir six films internationaux, dont des films faisant partie de la Sélection Officielle. La programmation comprenait notamment la Sección Oficial, New Directors, Horizontes Latinos, Zabaltegi-Tabakalera, Perlak, Nest, Culinary Zinema, Zinemira, Made in Spain, Klasikoak et plusieurs autres sections et activités.
J’ai donc pu regarder: ‘Fatherland’, ‘The Ballet Lesson’, ‘Les Misérables’, ‘Cinco Minutos Más’, ‘The Housewife’ et ‘Krux’. Et je pense avoir battu mon record personnel en termes de visionnage de film en une seule journée… Mais la projection des films n’était pas la seule particularité du Festival: j’ai pu assister à la cérémonie d’ouverture avec la remise du prix Donostia au réalisateur allemand Werner Herzog, une conférence de presse pour ‘Cinco Minutos Más’, ainsi que la remise du prix Donostia pour l’actrice Naomi Watts. Autant dire que cette fin de semaine fut très mouvementée. Retrouvez le détail des films cités:
1. ‘Fatherland’ – Paweł Pawlikowski (drame historique / film d’auteur)
Également présenté comme 1949, c’est le nouveau film de Paweł Pawlikowski, réalisateur polonais notamment connu pour Ida et Cold War. Présenté à San Sebastián dans la section Perlak, le film suit Thomas Mann et sa fille Erika lors d’un voyage à travers une Allemagne en ruines, en 1949, au moment où le pays est déjà divisé entre les zones d’influence américaine et soviétique. Le voyage devient aussi une manière d’explorer les tensions entre un père et sa fille, deux personnalités elles-mêmes profondément marquées par l’exil et les bouleversements politiques de l’Europe.
C’est le premier film que j’ai découvert lors de cette édition. La manière dont l’Allemagne de l’après-guerre est abordée intrigue, et évite de se limiter à une reconstitution historique. Le pays divisé devient presque un personnage à part. J’ai apprécié l’aspect authentique du noir et blanc. En revanche, j’ai trouvé le rythme particulièrement lent. Si cette lenteur participe à l’atmosphère du film, elle rend aussi certains passages assez difficiles à suivre et peut donner l’impression que le récit peine parfois à avancer.

2. ‘The Ballet Lesson’ – Kazuya Murayama (drame / road movie)
Réalisé par Kazuya Murayama, ‘The Ballet Lesson‘ suit Nikita et Nina, deux enfants d’origine japonaise et russe qui vivent avec leurs grands-parents dans une petite ville du Japon. Lorsque leur père Nikolai revient dans leur vie, il les emmène à la recherche de leur mère, Yuki, une ancienne danseuse de ballet. Au fil de l’histoire, nous nous attachons aux personnages. Le voyage prend alors une dimension symbolique et pourrait être interprété comme une allégorie du cycle de la vie et de la place que nous y occupons.
Au départ, la perspective principale est celle des enfants, emmenés d’un point A à un point B. Ils restent souvent confrontés à la notion de la mort, soit par la pensée de la disparition de leur mère, ou bien à travers le cycle naturel… Le père lui, paraît très froid et distant au début mais plus le film avance, plus nous en découvrons sur lui. Au fur et à mesure, il apprend à être cette figure protectrice pour ses enfants. Bien que certaines performances d’acteurs paraissent parfois peu convaincantes, l’histoire et la mise en scène du film sont très agréables à suivre.

3. ‘Les Misérables’ – Frédéric Cavayé (drame)
Avec Les Misérables, Frédéric Cavayé s’attaque à un monument de la littérature française en adaptant le roman de Victor Hugo. Le film raconte le parcours de Jean Valjean (Vincent Lindon), condamné au bagne après avoir volé du pain, et tente de reconstruire sa vie sous une nouvelle identité. Après avoir promis à Fantine de protéger sa fille Cosette, il se retrouve poursuivi par l’inspecteur Javert (Tahar Rahim), tandis que la France est troublée par les mouvements sociaux et révolutionnaires. Dans cette nouvelle adaptation de près de trois heures, nous avons un récit très centré sur Jean Valjean, son parcours ainsi que sa rédemption.
La force du film réside notamment dans le conflit moral entre Jean Valjean et l’inspecteur Javert, deux visions opposées du monde qui semblent être les deux faces d’une même pièce. L’un finit par trouver son salut et croit aux secondes chances sans catégoriser autrui. L’autre reste convaincu par un ordre des choses universel, sans rédemption, où chaque action suit une chaîne de conséquences. Deux expériences si proches, mais qui ne manqueront pas de définir le conflit moral et physique des deux hommes au cours du film.

4. ‘Cinco Minutos Más’ / 5 More Minutes – Javier Ruiz Caldera (comédie, fantastique)
Réalisé par Javier Ruiz Caldera, 5 minutos más raconte l’histoire d’un couple en crise qui décide de passer un week-end dans une maison isolée à la campagne afin de tenter de sauver son mariage. Mais alors qu’ils arrivent sur place, un phénomène sans précédent se produit: chaque cinq minutes passées, le temps revient cinq minutes en arrière. Ce qui pourrait sembler être une seconde chance devient rapidement un mécanisme capable de bouleverser des vies.
À l’inverse de films « time loop » habituels comme ‘Happy Birthdead’ ou ‘Edge of Tomorrow’, ce qui rend ‘Cinco Minutos Más’ très intéressant et unique, c’est qu’il y a des conséquences à chaque « réinitialisation ». Chacun se souvient de ce qu’il s’est passé, et bien que les objets cassés reprennent leur position initiale, ils ne finissent pas par être réparés. Ce mécanisme s’applique pour les humains aussi… Ce qui crée une dynamique parfois chaotique.
Il en résulte un film dynamique, parfois tragique, mais rempli d’humour de situation. Probablement mon coup de coeur de ce Festival avec ‘The Housewife‘. J’ai également assisté à la conférence de presse où les acteurs ont discuté du film et de leurs expériences, ce qui était très instructif sur la façon dont le film a été fait et sur la manière dont il a été pensé.

5. ‘The Housewife’ – Ben Shirinian (thriller / drame)
Premier long métrage de Ben Shirinian, ‘The Housewife‘ se déroule à New York en 1964. Un jeune journaliste découvre qu’un ancien officier nazi vivrait clandestinement dans le quartier de Queens. Alors qu’il enquête sur cette affaire, il se rapproche de la femme de l’homme qu’il soupçonne, une relation qui va progressivement compliquer son investigation et remettre en question son intégrité journalistique. Le film s’inspire d’une histoire vraie et met notamment en scène Naomi Watts, Tye Sheridan, Luke Evans et Lena Olin.
Difficile d’en dire plus sans spoiler une partie de l’histoire, mais le film m’a bien surpris. Le jeu d’acteur est marquant, la direction artistique est prononcée et participe directement à l’immersion dans l’intrigue. Le sujet ne laisse certainement pas indifférent et l’atmosphère change brusquement après le twist. Le film interroge l’intégrité professionnelle, la dignité et les limites personnelles. Jusqu’où une personne peut-elle dissimuler sa véritable nature ? Et peut-elle réellement changer, malgré tous les masques qu’elle porte ?

6. ‘Krux’ – Tony Vahl (drame historique / thriller psychologique)
Inspiré de faits réels, Krux est le premier long métrage de Tony Vahl. Le film se déroule dans un petit village du nord-est de l’Allemagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Alors que les hommes sont majoritairement partis au front, les femmes, les enfants et quelques hommes restés au village tentent de maintenir une vie quotidienne presque normale. Mais lorsque des corps commencent à apparaître dans la rivière, les certitudes disparaissent et la peur s’installe.
Le film montre comment l’idéologie nazie finit par empoisonner jusqu’aux communautés les plus isolées, et comment la peur des conséquences de leurs actes contribue à installer un climat de suspicion et de terreur.

Une édition qui se termine en beauté
Le Festival de San Sebastián s’est finalement achevé le 26 septembre avec un palmarès qui a récompensé aussi bien les grands noms du cinéma international que de nouveaux talents. La Concha de Oro est revenue à Mike Leigh pour Tender Loving Care, tandis qu’Amanda Kernell a été récompensée pour sa mise en scène de Brace Your Heart.
Parmi les films que j’avais pu découvrir pendant le festival, 5 More Minutes de Javier Ruiz Caldera s’est particulièrement distingué avec la Concha de Plata remise à Javier Cámara pour son interprétation dans un second rôle.
Cette dernière journée permet aussi de mesurer la richesse d’un festival qui ne se limite pas à sa compétition officielle. De New Directors à Perlak, en passant par Horizontes Latinos ou Zabaltegi-Tabakalera, San Sebastián propose une programmation où les cinéastes confirmés côtoient les nouveaux talents. Après avoir vu ces six films, avec des impressions parfois très différentes d’une séance à l’autre, c’est finalement cette diversité que je retiendrai de cette édition: la possibilité de passer d’un drame historique à une comédie fantastique, d’un cinéma d’auteur exigeant à de nouvelles voix encore peu connues, tout en découvrant les différentes facettes d’un même festival.
Que faire à Saint-Sébastien ?
Comme mentionné précédemment, Saint-Sébastien est une ville qui s’adapte au Festival, vous trouverez beaucoup d’activités en lien avec le festival international du cinéma. Et j’imagine que certaines de ces activités doivent varier en fonction des années. Par exemple, du popcorn était distribué sur la place principale chaque jour (par le partenaire Movistar), des spectacles, expositions ou défilés étaient organisés…
Mais Saint-Sébastien n’est pas seulement définie par son Festival. Vous y trouverez une grande culture gastronomique, notamment de fruits de mer et de la viande grillée (Txuleta). Mais la spécialité à ne pas manquer est certainement les pintxos, de petites bouchées similaires aux tapas, froides ou chaudes comptant de multiples variations et servies sur une tranche de pain.
Et si vous n’êtes pas trop cuisine, vous pouvez tout aussi bien faire le tour de la ville, profiter de son ambiance, de ses plages et de ses surfeurs… Autrement dit, vous ne vous ennuierez pas si vous décidez un jour de visiter Saint-Sébastien et de découvrir le Pays basque.
Mon expérience globale et pourquoi y aller
Cette première expérience au Festival international du film de Saint-Sébastien m’a permis de découvrir le cinéma sous un autre angle, au-delà des univers que je couvre habituellement. Entre les projections, les rencontres avec les équipes des films et l’ambiance qui anime toute la ville, ces quelques jours ont été particulièrement riches.
Ce que je retiens surtout, c’est la diversité de la programmation et la possibilité de découvrir des œuvres que je n’aurais pas nécessairement eu l’occasion de voir autrement. Le festival est aussi une belle occasion de découvrir Saint-Sébastien, une ville où le cinéma, la culture et la gastronomie occupent une place importante.
Si vous aimez le cinéma et souhaitez vivre un festival à taille humaine, tout en profitant d’un cadre exceptionnel, je ne peux que vous conseiller de vous intéresser à cet événement.
Merci au Festival international du film de Saint-Sébastien pour cette opportunité.
Parce que les mots ne suffisent pas à décrire ce que j’ai ressenti, j’ai rassemblé un montage vidéo de cette expérience, que vous pourrez voir ci-dessous:
Dans la continuité de cette couverture du festival, j’ai réalisé une interview exclusive pour le film ‘Cinco Años, Cuatro Meses’ avec les réalisateurs Juan Miguel Gelacio y Esteban Hoyos García. Lisez-là ici.
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