[REVIEW] ‘SUPERMAN’ de retour dans un monde qui a besoin d’y croire
Après plus de dix ans sans film solo, Superman fait son grand retour sur grand écran. Un retour attendu, chargé d’enjeux : le lancement officiel du DCU par James Gunn [Lisez notre review de Creature Commandos, le premier projet du DCU], mais surtout de la renaissance d’un symbole.
Car Superman, ce n’est pas juste un super-héros, c’est LE super-héros. Un personnage intemporel, qui a traversé les générations, porté les espoirs de millions et que beaucoup attendaient de retrouver dans sa version la plus authentique : celle d’un héros lumineux, accessible, profondément humain.
Retrouvez dans cet article ma review sans spoilers du film ‘Superman‘.
I. Une vision affirmée du mythe… mais parfois clivante
Avec ce film, James Gunn livre une vision très marquée de Superman : une esthétique assumée, des dialogues souvent directs, et un ton qui balance entre émotion sincère, humour pop et énergie comic-book. C’est un film qui embrasse pleinement le côté “coloré” et exagéré des comics, tout en ramenant Superman à des enjeux humains et politiques actuels.
Mais cette vision comporte aussi un choix radical, à commencer par le traitement des parents kryptoniens de Superman. Le film opte ici pour une représentation presque antagoniste, sans grande ambivalence morale. Là où un point de bascule dramatique aurait pu ouvrir un véritable débat, entre héritage biologique et choix de cœur, Gunn tranche sans nuancer. Cette radicalité affaiblit un thème central du personnage : celui de l’héritage partagé entre Krypton et la Terre. Le prisme de la “found family”, cher à James Gunn, réapparaît… mais ici, il ne sert pas vraiment au personnage de Superman.
Malgré tout, le film parvient à rendre hommage à l’âme du personnage, en le recentrant sur ses valeurs fondatrices : l’empathie, la modestie, l’espoir. Un Superman qui doute, qui tombe, mais qui choisit toujours de croire en l’humanité. Une vision plus claire, plus apaisée que celle portée autrefois par ‘Man of Steel‘ de Zack Snyder, qui avait modernisé l’Homme d’Acier mais aussi durci sa perception auprès du public.
II. Des personnages solides et un antagoniste marquant
David Corenswet incarne Superman avec sincérité et profondeur. Il reprend le flambeau avec humilité, sans chercher à imiter ses prédécesseurs. Sa version est pleine d’humanité, de retenue, mais aussi de grandeur. Dommage cependant qu’on voit peu de Clark Kent : son rôle civil, son quotidien, manquent un peu à l’équilibre général du film.
Face à lui, Nicholas Hoult livre un Lex Luthor glaçant, manipulateur, implacable. L’une des grandes réussites du film, c’est justement cette dualité forte entre Superman et Lex : deux figures opposées qui se répondent parfaitement.

Lex, homme brillant rongé par un complexe d’infériorité, cherche à dominer un monde qu’il ne peut pas accepter tel qu’il est et qu’il ne comprend pas. Superman, lui, se met à la hauteur des humains, les considère comme ses égaux, et œuvre à construire un monde meilleur sans s’y imposer, et même si celui-ci le rejette parfois. Deux visions du pouvoir, de la responsabilité, qui s’affrontent sur le plan idéologique autant que physique.
Mention spéciale à Rachel Brosnahan, formidable Lois Lane, intègre et déterminée. Et dans le reste du casting, Mr. Terrific se démarque positivement par sa personnalité, Guy Gardner surprend par son humour imprévisible, et Krypto ajoute une touche originale bienvenue à la mythologie de Superman. Seule Hawkgirl semble en retrait, ou du moins sous-exploitée.

III. Un univers vivant, crédible, habité
Dès ses premières scènes, le film nous plonge dans un monde déjà en mouvement. Un univers où les métahumains existent, où les tensions sont palpables, où les conflits, qu’ils soient idéologiques, politiques ou personnels, sont bien installés. C’est une approche assumée, qui donne une vraie densité à l’environnement autour de Superman. On sent que ce monde ne s’arrête pas quand il quitte l’écran.
C’est à la fois une force, et parfois une faiblesse. Le foisonnement de personnages, de références, de dynamiques, peut donner l’impression que le film tire dans plusieurs directions. Mais James Gunn réussit l’essentiel : malgré tout ce décor déjà en place, le film reste centré sur Superman. Il prend le temps de le faire évoluer, de l’ancrer dans ce monde sans jamais le noyer. Le personnage existe pleinement, au cœur de cet univers partagé, sans que ce soit au détriment de sa trajectoire personnelle.
Le film prend soin de donner vie à Metropolis, et c’est l’un de ses atouts. Grâce à des décors crédibles, un usage maîtrisé des effets pratiques et une photographie qui met en valeur la ville, on ressent l’âme de ses habitants.
Il y a quelque chose de très fort à revivre un film de super-héros à travers le regard des citoyens, comme dans la trilogie Spider-Man de Sam Raimi. Cette mise en avant du peuple, de ceux que Superman protège, renforce l’émotion et donne du poids aux actions du héros.

La mise en scène est globalement maîtrisée, avec une caméra dynamique et une vraie attention portée à l’espace et à l’émotion. L’univers de poche, en revanche, tranche radicalement par son esthétique. Si son design reflète bien l’état émotionnel de Superman, l’isolement, le désespoir, la perte de repères, certains choix visuels, notamment en matière de photographie et de traitement de la lumière, paraîtront déstabilisants. L’approche est courageuse, mais pas toujours convaincante.
La musique de John Murphy, reprenant subtilement les accents de John Williams, est puissante et bien intégrée. Elle participe à ce sentiment de retour aux sources, sans sombrer dans la nostalgie gratuite.
IV. Un film pertinent avec un propos politique assumé (et nécessaire)
Le film n’est pas sans défauts. Il enchaîne parfois les séquences trop rapidement, prend des raccourcis narratifs, et certains moments de comédie tombent à plat. Mais il parvient à conserver un cœur sincère, à faire exister un Superman qui doute, qui tombe, et qui se relève.
Ce Superman-là n’est pas un dieu. Il est un homme, ou du moins, il cherche à l’être. Et c’est précisément ce cheminement qui émeut : choisir sa voie, ne pas être défini par ses origines, se reconstruire malgré les épreuves. Le film parle de résilience, d’apprentissage, de fraternité.
Mais il va aussi plus loin. Il inscrit son récit dans un monde troublé, où les conflits géopolitiques et les ambitions égoïstes résonnent et se multiplient. La guerre, ses ravages, ses pertes humaines, mais aussi le poids des dirigeants et la responsabilité des médias sont au cœur du propos. James Gunn n’hésite pas à pointer du doigt la manière dont l’opinion publique est façonnée, manipulée, parfois divisée. Un thème d’autant plus pertinent à une époque saturée de discours polarisants et de conflits.

C’est dans ce contexte que certaines critiques ont accusé le film d’être « woke » après que Gunn a rappelé une évidence : Superman est un immigrant. Ce qu’il a toujours été. Depuis 87 ans, l’Homme d’Acier incarne des valeurs profondément progressistes, l’intégration, la justice, la paix, l’altruisme. Ces attaques ne révèlent rien du film, mais beaucoup de ceux qui les profèrent.
Ce Superman ne cède pas au cynisme ambiant. Il croit encore qu’un autre monde est possible, et il agit en conséquence. Il aime l’humanité non parce qu’elle est parfaite, mais parce qu’elle peut changer. Et c’est sans doute ce qui rend cette version du personnage si nécessaire aujourd’hui.
Le retour d’un héros, et d’une idée
Superman revient avec un rappel, simple et puissant, que les héros peuvent encore porter des valeurs. Qu’ils peuvent inspirer sans dominer. Que dans un monde en crise, rêver d’un peu de lumière n’a rien de naïf.
Ce film n’est pas parfait, mais il est nécessaire. Il relance l’homme d’acier sur des bases claires, humaines et engageantes. Et si la suite du DCU est à la hauteur de cette intention, alors quelque chose de fort est peut-être en train de renaître.
‘Superman’ est un film qui rappelle qu’on peut encore croire. Encore rêver. Encore espérer.
Et comme il le dit si bien : levez les yeux.
[…] comme je l’évoquais dans mon article sur Superman, le poids symbolique d’un tel retour dépasse le simple cadre d’un film de super-héros. Est-ce […]